L′exclusion touche particulièrement les femmes, partout dans le monde. Et depuis la crise, elles sont les plus touchées par la pauvreté en Europe. Leur non représentation alors que les femmes sont 51 % de la population mondiale, l′absence de parité entre femmes et hommes et par leur insertion ou leur présence dans des secteurs non valorisés, contribuent à conforter cette exclusion.
Exclues de la Politique
Les postes de décision politique sont surtout occupés par des hommes.
Les femmes élues dans tous les pays ne représentent que 15 % des parlementaires (les pays scandinaves et certains pays africains améliorent empêchent un plus mauvais score (en annexe, rapport du Canton de Genève sur le rapport des femmes en politique)
Il est intéressant de remarquer la non-reconnaissance de l′insertion dans la gouvernance locale. Les formes de responsabilités locales dans les associations, les groupements ne sont guère valorisées, bien que l′accent mis récemment sur la décentralisation et la bonne gouvernance favorise le rôle des représentants proches de la base.
Les femmes sont, à l′échelle mondiale, largement exclues de la prise de décision. Le principe d′égalité défini à la Révolution française, qui a si longtemps régné et qui servit de base à la déclaration universelle des droits de l′homme de 1948, repose en réalité sur la reconnaissance des droits pour « l′homme français ».
Historiquement, le combat que les femmes ont mené dans les pays occidentaux, et qu′elles mènent toujours dans certains pays, s′est cristallisé autour du droit de vote. C′est autour de ce droit que le mouvement des suffragettes a pris naissance pour ensuite prolonger son combat dans d′autres domaines de la vie publique, comme le droit de suivre l′école ou l′université et le droit de pratiquer un métier après des études
Exclues du marché du travail
Malgré les conventions internationales ratifiées et les textes légaux anti-discriminatoires votés, l′exclusion des femmes continue de se manifester par la spécialisation dans certaines filières et dans certains secteurs d′emploi.
Le choix d′options d′études par les jeunes filles, canalisé par les formes de socialisation et de stimulation scolaire joue un rôle évident. Les barrières à l′emploi sont renforcées par les faibles opportunités pour les travailleurs peu qualifiés : emplois précaires, à temps partiel, ou à horaires coupés (comme dans le nettoyage industriel, la grande distribution...). Cette ségrégation horizontale entre professions, qui touche surtout les moins biens formés sur le marché de l′emploi, correspond à une spécialisation des tâches souvent conforme à la distribution traditionnelle des rôles entre femmes et hommes : travail extérieur et travail de force pour les hommes, travaux ménagers et travail dans l′économie de soins pour les femmes.
A cette ségrégation horizontale, s′ajoute également une ségrégation verticale. Le fameux « plafond de verre » qui limite le nombre de femmes assurant des postes à responsabilité dans les entreprises ou les administrations. Le « plafond de verre » fait référence à ce plafonnement que rien ne vient « théoriquement » expliquer. Ce ne sont pas des barrières formelles, mais un ensemble d′attitudes et de fonctionnement des sphères du pouvoir qui limite « de fait » l′accession des femmes aux postes de direction. Il y a par exemple le fait qu′un travailleur à temps partiel ne peut postuler pour un poste de direction ; ou que les moments, les modalités et les formes de la prise de décision soient incompatibles avec d′autres engagements assumés de manière « naturelle » par les femmes. La répartition traditionnelle des rôles entre femmes et hommes dans la sphère familiale et la difficile conciliation entre famille et travail que les femmes assument prioritairement expliquent souvent leur difficulté à postuler et à être retenues pour des postes de responsabilités.
Exclues de l′accès aux ressources
Suite à l′infériorité juridique, aux modèles des échanges matrimoniaux, dans bon nombre de sociétés, les femmes sont exclues de l′accès aux ressources productives et dépossédées des richesses générées par leur propre travail.
« Les femmes possèdent moins de 1 % des richesses de la planète ; elles fournissent 70 % des heures travaillées et ne reçoivent que 10% des revenus ». Ce chiffre souvent cité n′évolue guère.
Mais les ressources importantes ne sont pas toutes matérielles. Il y a : le temps, la confiance en soi, la formation. Or, les femmes sont largement exclues de la formation. Un des mécanismes puissants de l′inégalité de genre est l′inégalité dans l′accès à l′éducation. On le sait : les 2/3 des enfants qui ne vont pas à l′école sont des filles, et 2/3 des 900 millions d′analphabètes sont des femmes.
C′est pour cette raison que les campagnes pour l′égalité entre les sexes insistent sur le rôle de l′éducation, notamment à travers l′école, dans la promotion des droits des femmes. La formation permet en effet une plus grande implication des femmes dans la vie sociale. « Mais les débats et les stratégies qui se développent autour de la démocratisation du savoir et de l′accès des filles à l′instruction dissimulent un des derniers enjeux de pouvoir qu′est le contrôle de la science et de la technologie.(...) La gamme de savoirs et d′expériences accumulées par les femmes est ainsi exclue du patrimoine scientifique humain. Ainsi, le savoir des femmes est dévalorisé, jamais reconnu, ce qui les réduit au rôle de récepteurs passifs, voire de malheureuses victimes » (.Codesria 2003).
Exclues des bénéfices
Les femmes sont exclues des bénéfices des activités productives auxquelles elles contribuent pourtant. Depuis longtemps, anthropologues et économistes ont mis en lumière les relations de pouvoir inégales et l′injustice prévalant dans la répartition et la redistribution des biens, et éclairé les stratégies individuelles poursuivies par chacun au sein d′un ménage, qui n′est pas une entité homogène. Plus récentes sont les analyses des stratégies différentielles des femmes et des hommes dans la gestion des ressources.
Les chiffres sont connus : 1,7 milliard de personnes vivent sous le seuil de pauvreté absolu (moins de un dollar par jour) dont 80 % sont des femmes. Le nombre de femmes vivant sous le seuil de pauvreté a crû au cours des trente dernières années.
Dans le Sud, les femmes n′ont pas toujours accès aux services sociaux, de plus en plus souvent payants. La dépendance juridique ou la mise en minorité vient se surajouter à l′absence de ressources financières propres. Bien sûr, les situations peuvent être très diversifiées et certaines femmes disposent de revenus parfois importants qu′elles gèrent à leur guise.
En Europe, les écarts salariaux entre femmes et hommes sont de 17,4%, en 2009. En 20 ans, le différenciel ne s′est amélioré que de 1,6 %. Cet écart est une des conséquences de la précarité sociale des femmes.
Exclusion sociale
Le lien entre exclusion économique et pauvreté est direct.
L′exclusion sociale des femmes est également bâtie sur les inégalités juridiques et la « minorisation » et l′infantilisation : les femmes sont considérées comme des éternelles mineures et des dépendantes, et seul le droit moderne consacre les principes d′autonomie.
Les femmes sont invisibles à cause de leur confinement dans les espaces privés, l′espace domestique. Et les femmes migrantes sont souvent doublement exclues : hors de leur culture d′origine, absentes ou invisibles dans les espaces sociaux d′accueil...
D′autres exclusions existent : les violences dont les femmes font l′objet, la fracture numérique...
Invisibles dans le développement
Jusqu′à cette dernière décennie, les femmes avaient une invisibilité statistique, économique et sociale.
Leur sortie de l′invisibilité a été initiée par les Institutions financières internationales qui ont ainsi pris conscience que les femmes représentaient un potentiel, une ressource humaine sous utilisée parce que sous informée, sous formée.
Si les femmes sont exclues de la chose publique, cela implique que leurs besoins spécifiques et leurs apports pour la société ne sont pas pris en considération dans les politiques sociales ou les politiques de développement, qui ont donc tendance à produire davantage d′exclusion.
Politiques d′inclusion
En matière de prise de décision, ce sont diverses lois dites de parité qui intègrent la pleine participation des femmes au pouvoir. Ces lois se concrétisent notamment par des lois de quotas qui ont fait couler beaucoup d′encre. Au-delà des polémiques, on tend à se mettre d′accord sur le fait qu′il s′agit de mécanismes transitoires, nécessaires pour modifier les mentalités et installer une masse critique irréversible de femmes. Le débat continue de savoir si l′exercice du pouvoir par des femmes va en modifier les règles du jeu et les formes de prise de décision.
On peut toutefois aisément imaginer que les décisions macroéconomiques seraient prises en fonction d′autres critères que ceux mis en avant par des hommes et que leur impact soit mesuré avec une meilleure cohérence sociale.
Alternatives à l′exclusion
L′inclusion économique alternative des femmes a été pensée par la mise en place des structures d′insertion professionnelle et de structures d′économie sociale. Or ces mécanismes ont aussi pour fonction de limiter les effets négatifs de l′exclusion. Beaucoup d′entreprises par le travail dans le Nord, ou d′initiatives locales de développement (dans le Sud) se sont interrogées avec raison sur leur fonction de sparadrap. Il en est de même avec les activités génératrices de revenus ou les caisses de micro-crédit dirigé vers les femmes. Les études et évaluations montrent c que bon nombre de ces activités ont eu des impacts positifs en terme d′empowerment des femmes, en faisant re-connaître leur dynamisme et assurant une réelle amélioration de leurs conditions de vie .
Les femmes agissent : elles mènent une pléthore de projets, et développent des actions de plaidoyer, tant au niveau local, national, européen et international.